En approche du sommet du Mont Ventoux

Profitant d’un retour à Nîmes fin février, dans le Gard, mes deux précédentes tentatives d’atteindre le sommet du Mont Ventoux (1909m) en hiver me laissent une goût amer. La rigueur de son climat et de ses pentes en fait un objectif très sérieux. Accompagné de Julien, fidèle acolyte de randonnée, c’est avec motivation que nous nous rendons au pied de la fameuse montagne.

Le Mont Ventoux exerce une certaine fascination à mes yeux. Quand vous vous trouvez dans la plaine de Carpentras, la montagne apparait constamment, majestueuse et solitaire. On se demande même comment ce sommet aussi élevé (quasiment 2000m d’altitude) peut se trouver en cet endroit.

La réputation du Mont Ventoux tient autant aux ascensions en vélo qui s’y déroulent qu’à son climat quelque peu déroutant : en hiver, la neige peut tomber en quantité sur ses pentes parfois très marquées et le vent y souffle sans répit, avec des rafales assourdissantes. Mieux vaut être équipé lorsque l’on aborde le Mont Ventoux, les conséquences pouvant être désastreuses.

Le départ et l’ascension peut se réaliser à la fois face nord (comme sur ce topo) et face sud. La face nord présente l’avantage d’être un peu plus boisée et d’avoir des vues sur les Alpes du Sud. Direction la station d’hiver du Mont-Serein, au-dessus de Malaucène. Le jour de notre sortie, le GR était impraticable sans crampons et piolets en raison d’une neige glacée : c’est par la route, fermée en hiver, que nous tenterons notre approche.


Durée : Environ 3h30 aller/retour par la route.

Difficulté : Moyenne. Les conditions climatiques peuvent être extrêmes et le sentier dangereux en raison de la glace.

Dénivelé : +500m.

Accès routier : Depuis Avignon ou Carpentras, prendre la direction du Mont Ventoux (Nord) et se rendre à la station d’hiver du Mont-Serein. Sur place, se garer à proximité du dernier virage ouvert de la route.


Au moment du départ, la température est tout de même assez fraîche. Il faut dire que nous sommes passés des plaines provençales à la rigueur d’un climat montagnard et que nous nous trouvons maintenant à 1400m d’altitude !

Les premiers pas se font en suivant la route départementale fermée. Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre les avertissements de la station sur les conditions de neige : elle est tassée et glacée, rendant chaque mètre dangereux. Il nous faudra évoluer avec prudence et faire demi-tour si une ascension n’est pas possible.

La route s’engage en lacets sur les pentes nord du Mont Ventoux, cernée par la forêt alpine mais protégeant notre avancée du vent qu’on imagine tumultueux au sommet.

En dehors du froid et du vent, le soleil est bien présent, même si, au loin, des nuages approchent, annonçant un probable changement de temps. Tout au long de la route, nous n’avons aucun mal à avancer, si ce n’est la présence de cette neige glacée qui nous surprend quelquefois.

À un embranchement de sentiers, nous décidons d’emprunter l’itinéraire raquettes qui monte au sommet plutôt que de finir sur la route (nous n’étions pas équipés en raquettes lors de cette sortie). Le sentier s’engage franchement dans la forêt, qui se dépeuple au fur et à mesure du dénivelé.

Notre progression est largement ralentie, la neige glacée recouvre entièrement notre environnement et les pentes plus prononcées que sur la route compliquent les choses. Avec énormément de prudence, nous mesurons la portée de chaque pas.

Les arbres se faisant de plus en plus rares, nous devinons que nous approchons sérieusement du sommet : le vent devient nettement plus violent que sur le reste du parcours et nous inflige une torture permanente, autant par le froid que par le vacarme assourdissant.

On comprend vite que le vent sera notre principal adversaire jusqu’à avoir atteint le sommet du Mont Ventoux. Le sommet, lui, est maintenant visible, représenté par une immense antenne relais de télécommunication. Il nous reste encore une bonne trotte à faire, dans des pentes de plus en plus marquées et sur une neige qui pourrait servir de patinoire.

Et puis, enfin, les arbres disparaissent complètement et dévoilent la simplicité et la sobriété des paysages du Mont Ventoux, qui en font certainement son charme et sa renommée. La face nord est encore enneigée tandis que la face sud ne présente plus aucune trace de l’or blanc, sûrement par l’influence du climat méditerranéen qui s’y trouve.

La sortie de l’étage forestier implique également que nous sommes maintenant totalement exposés aux rafales d’un vent de nord qui glace la peau et donne le tournis. Battant en retraite contre la force de cet élément, nous nous réfugions derrière un mur de roches pour une première pause puis une seconde fois dans la très belle chapelle Sainte-Croix, exténués et gelées.

On se dit qu’une ascension en été aurait pu être plus agréable et on se laisse réchauffer par le soleil sur la face sud, moins soumise au vent que la face nord.

La très belle chapelle Sainte-Croix.

Notre randonnée touche quasiment à sa fin, il ne nous reste quelques centaines de mètres pour atteindre le sommet. L’hiver rend ce lieu un peu lugubre : les commerces sont fermés, l’antenne relais abandonnée et le vent qui souffle dans la ferraille donne une impression de fin du monde.

Une fois au sommet, nous observons les paysages qui s’ouvrent à nous. Le Mont-Ventoux, de par son altitude et sa position, offre de larges possibilités d’observation. Une table d’orientation est disponible pour vous aider à reconnaitre les lieux visibles.

On pensait également voir des chamois, qui apprécient particulièrement le climat et les pentes du Mont Ventoux, mais nous n’étions pas sur le bon tracé pour espérer les apercevoir. Ils se cantonnent régulièrement sur l’itinéraire du GR.

Mis à mal par le vent et l’altitude, nous voulons redescendre en boucle par la route et éviter de se mettre en danger par le sentier raquettes gelé. Manque de bol, le vent est beaucoup trop violent pour envisager ce chemin. Nos corps sont véritablement malmenés par des rafales puissantes et continues.

Malgré la difficulté du sentier dans de telles conditions, nous réussissons à redescendre en sécurité jusqu’à la route, d’où nous pouvons tracer sans s’arrêter si ce n’est au point de départ de notre randonnée. Si c’était à refaire, ce serait avec de bonnes quantités de neige légère et des raquettes au pied.

En conclusion, je suis enfin arrivé au sommet du Mont Ventoux en hiver, après deux tentatives infructueuses ! C’est une randonnée à effectuer lorsque les conditions sont bonnes. Il ne faut surtout pas négliger le facteur vent et les caractéristiques de moyenne montagne que présente le sommet. Autrement, vous ne regretterez pas l’expérience et les paysages visibles depuis le point culminant du Mont Ventoux.