Pour fêter dignement l’arrivée du mois de septembre et la fin de l’été météorologique, une randonnée aux aurores s’imposait avant que le froid rende ces expéditions peu attirantes. Et pas n’importe quelle randonnée : une marche au pied des Aiguilles d’Arves (3 514m), symboles mythiques de la Maurienne et concurrentes aux Tre Cime di Lavaredo en Italie. Petit topo de cette sortie ainsi que des moyens d’accéder à ces joyaux alpins. 

Mon objectif de ce 1er septembre était de mater un beau lever de soleil sur les Aiguilles d’Arves puis de marcher jusqu’au pied de la fameuse Tête de Chat (3 364m) à la Basse du Gerbier. Alors que je roule de bonne heure dans la fraîcheur matinale, j’ai le droit à une première bonne surprise en atteignant le Col de la Croix de Fer : il a neigé dans la nuit sur les plus hautes altitudes et je découvre les Aiguilles d’Arves saupoudrées d’une fine pellicule blanche. Ça promet de belles photos contrastées.

Une fois au parking, le soleil se lève à peine et la vallée de la Maurienne est totalement recouverte de nuages bas. Je comprends alors que le soleil mettra pas mal de temps avant d’envahir le sentier que je vais emprunter : en gros, je vais me les peler sévère (-1°C à 7h du matin).

Pour autant, pas de quoi se plaindre de la scène qui se déroule sous vos yeux. On se croirait au beau milieu des Alpes italiennes, dans les Dolomites, avec ces champs et ces trois aiguilles qui attirent immédiatement le regard. Un vrai paysage bucolique.


Durée : Environ 4h pour l’aller-retour.

Dénivelé : +662m.

Accès routier : Depuis Saint-Jean-de-Maurienne, prendre la direction d’Albiez-Montrond et rejoindre le hameau de Chalmieu. Une fois au hameau, continuer sur la route jusqu’à atteindre une piste et un large parking. Se garer sur ce parking pour le départ de la randonnée. 

 


Mieux vaut vous prévenir, vous allez voir les Aiguilles d’Arves sur toutes leurs coutures durant ce topo ! La marche débute sur une large piste utilisée par les 4×4 des éleveurs des alpages alentours. Les vaches y restent de juin à octobre pour profiter d’une herbe de belle qualité et vous croiserez de nombreux troupeaux sur votre chemin.

La progression est rapide et sans difficulté, mis à part le froid mordant du petit matin. Mais si vous êtes moins fous que moi, vous partirez en fin de matinée pour garder le soleil le long de votre parcours. On se demande même comment on peut mettre 4h aller-retour pour venir à bout des 10km qui nous sépare du pied des Aiguilles (je le comprendrais un peu plus loin, je vous rassure).

J’ai trouvé très peu d’intérêt aux premières portions de l’itinéraire, certainement parce que j’étais encore à l’ombre et que tout cela manquait d’un peu de lumière. Le paysage est réellement particulier, façonné par l’agriculture et l’élevage local.

On croise toutefois de splendides chalets d’alpages entièrement rénovés. Ces beaux chalets font totalement partie du paysage et de l’histoire de ce lieu et continuent d’accueillir à chaque estive ces femmes et hommes qui travaillent aux côtés de leurs bêtes.


Depuis des millénaires, à partir de la fin du printemps et après la fonte des neiges, les troupeaux de vaches et de moutons sont amenés en altitude, dans les alpages, pour profiter d’une herbe abondante et nutritive. C’est la transhumance vers les estives. Les troupeaux et les bergers resteront en altitude tout l’été jusqu’à la fin de l’automne et le retour de la neige avant de redescendre dans les bergeries pour passer l’hiver au chaud.

Ces traditions d’élevages sont une composante de l’histoire de l’agropastoralisme dans notre pays et les éleveurs se feront un plaisir de vous expliquer leur quotidien si la curiosité vous pousse à les approcher.

 


D’ailleurs, je finis par traverser un énorme troupeau de vaches, pas dérangées le moins du monde par ma présence matinale. C’est à vous de vous adapter en les croisant : elles ne daigneront pas s’écarter du chemin et vous allez devoir slalomer entre ces bêtes paisibles.

Ce n’est qu’une fois le dernier chalet d’alpage dépassé que les choses se compliquent. La large piste se transforme en sentier tortueux et le dénivelé se fait enfin ressentir. Après tout, il faut bien un peu d’effort pour se hisser au pied des Aiguilles. Autrement, le parcours n’aurait aucune saveur.

La progression plus lente, on comprend mieux le temps de 4h annoncé pour effectuer l’aller-retour. Au moins, le soleil réchauffe le corps et l’esprit pendant les premières montées alors qu’il vient tout juste de se lever dans la vallée. C’est également l’endroit parfait pour observer les marmottes au réveil. Elles grouillent dans les alpages et je suis seul pour pouvoir les saluer.

Un petit coup d’oeil en arrière pour admirer la vue alors que les brumes matinales se dissipent au fur et à mesure.

Alors que je suis en approche de la Basse du Gerbier (2 553m), j’entend de nouveau le tintement des cloches d’un troupeau de vaches. Le troupeau se trouve au pied des Aiguilles d’Arves et il faut du courage pour passer ses journées à cette altitude avec cette fraîcheur prononcée.

Petite anecdote : sur cette randonnée, je portais une affreuse casquette jaune fluo. En me rapprochant du troupeau, les vaches se sont appelées pour venir à ma rencontre et se laisser caresser. Et au final, elles ne m’ont pas lâché jusqu’au pied de la Tête de Chat, tout le troupeau me suivant religieusement. Peut-être qu’elles pensaient que j’étais l’éleveur avec mon look simple.

Quelques mètres plus tard et accompagné de mon cheptel, je me trouve au pied de la Tête de Chat. Sentiment d’humilité face à ces imposants sommets culminants à plus de 3 500m d’altitude. Je reste de longues minutes silencieux et rêveur devant cette structure géologique malgré la température automnale. Je pense que vous auriez la même réaction que moi une fois sur place.

La neige tombée la nuit précédente apporte la touche en plus que je souhaitais pour mes photos : c’est-à-dire un contraste entre la rigueur de la roche et la douceur de la neige.

Après ça, on peut rentrer satisfait chez soi des images plein la tête ! Le retour se fait par le même itinéraire mais je pense qu’une boucle est possible à partir de la Basse du Gerbier, c’est à creuser si vous souhaitez casser la monotonie d’un parcours en aller-retour.

Pour ma part, le retour me permet de croiser des randonneurs qui souffrent pendant l’ascension et de profiter pleinement du paysage sans me prendre la tête. Le soleil change radicalement ma vision de la première partie de la randonnée, qui était au petit matin complètement à l’ombre.

En arrivant au parking, vous ne pourrez pas vous empêcher de vous retourner une dernière fois vers les Aiguilles d’Arves : elles fonctionneront maintenant comme un aimant pour vos yeux. C’est ce que je fais, une dernière photo et hop, en route pour se déguster une bonne bière et prendre une bonne douche chaude. Les plaisirs simples de la randonnée.

En conclusion, j’hésitais à effectuer cette randonnée parce que j’avais peur qu’elle soit trop simpliste. Je me suis trompé : la beauté des Aiguilles d’Arves ne vous quittera pas d’une semelle et le sentiment de grandeur qui vous envahira une fois au pied de la Tête de Chat, sommet mythique de la Maurienne, vous donnera envie de raconter votre sortie à tous vos potes. Et d’y retourner en hiver pour une session raquettes (spoiler ;-))

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