Quoi de mieux en plein été que de se retrouver à la fraîche pendant une journée ? C’est cette perspective qu’offre la randonnée jusqu’au refuge de l’Étendard et le lac Bramant. Avec des panoramas sur les aiguilles d’Arves, d’Argentières et du glacier de Saint Sorlin, le refroidissement est assuré. Et en partant de bonne heure, vous aurez peut-être la joie d’admirer la faune locale…

Quand j’ouvre mes yeux, le réveil de mon téléphone indique cinq heures du matin. Ce genre de vision vous invite à vous rendormir aussitôt tant l’effort de se lever semble surhumain. J’ai dû passer deux ou trois minutes à parlementer avec moi-même pour ne pas céder au sommeil. C’est que mon programme est bien défini : prendre la route pour rejoindre le Col de la Croix de Fer et assister au lever de soleil, avant de démarrer une randonnée lorsque la chaleur est encore supportable.

La nuit est calme mais remplie de vie. Sur mon chemin jusqu’au Col, je croise deux magnifiques renardeaux éblouis par mes phares. Un peu plus haut, une marmotte pas bien éveillée traverse la chaussée. Finalement, je me gare juste à temps pour apercevoir les premières lueurs du jour sur les sommets les plus élevés.

Le Col de la Croix de Fer surplombe le lac Guichard, lac qui offre une perspective splendide sur les Aiguilles d’Arves au loin. Ajoutez-y une lumière matinale et le tableau prend tout son charme.

Sans aucun doute, je découvre un nouvel univers après la Lozère, en étant entouré de ces montagnes aux dénivelés bien plus impressionnants. C’est décidé, je vais m’asseoir quelques minutes pour en profiter tel un égoïste : seulement pour le plaisir de mes yeux. Par contre, je ne ressens pas la même solitude que je pouvais ressentir dans les Cévennes ou sur le Mont-Lozère. À six heures du matin, des pêcheurs sont déjà sur les rives du lac Guichard, les voitures sont nombreuses sur le parking du Col et un marcheur entame la randonnée que je souhaite effectuer !

Le corps et l’esprit réchauffés (parce qu’il fait quand même frisquet là-haut), je me sens fin prêt pour entamer mon aventure du jour, qui risque d’être pénible en dénivelé mais riche en découvertes.


N 45° 13′ 38.964′ E 6° 12′ 12.6642′

Durée : Environ 5h de marche (13km).

Dénivelé : +630m (et ils font mal).

Difficulté : Moyenne. À part la traversée de quelques névés, aucune difficulté technique relevée.

Accès routier : L’accès peut se faire par trois routes différentes : soit par Saint Colomban des Villards et le Col du Glandon, soit par Vaujany, soit par Saint Sorlin d’Arves et le Col de la Croix de Fer. Se garer sur le parking du Col de la Croix de Fer.

 


La marche débute par une piste assez large, capable de supporter un véhicule mais interdite à la circulation. C’est à dire que l’on se trouve sur le territoire du domaine skiable des Sybelles, quatrième plus grand domaine skiable français. Tout autour de moi, j’aperçois des remontées mécaniques et le tracé des pistes. Heureusement, les alpages et la particularité de ce secteur empêchent le paysage de paraître artificiel.

À cette époque de l’année (j’ai effectué la randonnée début juillet), il n’est pas rare de croiser quelques névés tardifs en altitude. Mais je ne m’attendais tout de même pas à en voir autant ! La neige est présente sur une bonne partie de l’itinéraire, pouvant rallonger le temps de parcours. Il faut être prudent en traversant les névés : s’assurer que si l’on glisse, on puisse se raccrocher quelque part ou que notre glissade soit stoppée rapidement. Enfin, j’espère que vous ne glisserez pas sur un névé, les brûlures dues à la neige sont douloureuses…

Le réel avantage de débuter la randonnée aux aurores est de pouvoir profiter du calme pour apercevoir les animaux déjà bien actifs. Mon ascension est ponctuée de rencontres avec les marmottes et, au loin, je peux suivre du regard un chamois qui gambade sur les névés.

Pour atteindre le refuge de l’Étendard (2430m), les panneaux indiquent 1h30 de marche depuis le Col de la Croix de Fer. Pour ma part, il ne m’aura fallu que de 45min pour y arriver, grâce au demi-litre de café que j’ai bu pour me réveiller peut-être ? Après avoir dégusté 430m de dénivelé positif, il reste à traverser un court replat qui annonce la beauté du lieu.

Et voilà le refuge de l’Étendard en vue, tout autant que le Lac Bramant, premier des « Trois Lacs ». C’est vraiment à ce moment que je me rends compte du volume de neige restant en ce mois de juillet : même le lac est encore en partie gelé ! Quand je considère toute cette neige, je me demande réellement si je vais pouvoir aller plus loin avec mes vieilles chaussures de rando pas du tout adaptées à ce type de terrain.

En attendant, pas de réflexion : je fonce vers le refuge et le bord du lac pour admirer de plus près ce qu’il en est. Même si le Lac Bramant est un lac artificiel, je ne suis pas mécontent du paysage qu’il offre quand on s’approche des berges. Il parait que c’est un excellent spot pour pêcher des truites (toutefois, il faut attendre que l’eau soit moins froide et que le lac dégèle complètement pour espérer faire une touche).

Pour le coup, après avoir transpiré et senti le dénivelé dans les jambes, l’ambiance est nettement plus fraîche à cette hauteur, m’obligeant à enfiler une veste. Et si vous transportez du vin avec vous, les glaçons sont prêts et garantis naturels ! Prenant tranquillement une pause particulièrement méritée, j’observe les clients du refuge se préparer pour une nouvelle journée de marche. Ils sont tout de même nombreux et j’en suppose que le refuge peut accueillir un volume important de personnes.

J’apprécie longuement le décor derrière le refuge : un désert de roches recouvert de névés. On a l’impression de se retrouver en haute-montagne, sur le départ d’une expédition d’alpinisme, alors que le parking du Col est à moins de deux heures de là. J’en profite également pour me renseigner auprès des gardiens du refuge sur l’accessibilité du pied du Glacier de Saint Sorlin.


Le Glacier de Saint Sorlin (ou Glacier de l’Étendard) se situe au pied du Pic de l’Étendard (3465m). Il est l’un des glaciers les plus abordables de la région puisque une randonnée de 3h suffit à se rendre à sa partie inférieure. C’est pour cette raison que les glaciologues surveillent l’évolution du glacier régulièrement : on y trouve d’ailleurs une cabane de l’UJF de Grenoble et une station de mesures. L’épaisseur de la glace est estimé entre 45 et 75m et sa superficie est de 270 ha. Le glacier donne également naissance à deux torrents différents.

 


Malheureusement pour moi, la neige est encore bien trop présente au pied du glacier pour espérer y accéder avec mes chaussures de rando. Je décide donc de continuer jusqu’au Lac Blanc (le second des « Trois Lacs ») avant d’effectuer ma boucle sur le retour. Les névés sont de plus en plus envahissants puisque le sentier évolue sur une zone assez ombragée. En un rien de temps, on arrive finalement au Lac Blanc et les yeux portent de suite sur le Glacier de Saint Sorlin : paysage unique et grande première pour moi.

Voilà, j’aurais donc atteint le point le plus haut de la randonnée au pied de ce second lac d’altitude, à 2473m. Il est à peu près dix heures du matin et le monde commence à remplir les chemins.

Deux solutions sont possibles pour le retour : soit faire demi-tour par le sentier par lequel on est monté, soit effectuer une boucle en rejoignant le Col des Trois Lacs. J’ai retenu la seconde solution pour bénéficier de la vue sur les Aiguilles d’Arves sur la descente. Le sentier emprunte le tracé des pistes de ski alpin de la station de Saint Sorlin : c’est beaucoup moins naturel qu’à l’aller.

Le soleil tape fort et je découvre alors la nécessité de la crème solaire : un bon gros coup de soleil sur le nez et une belle brûlure pendant quelques jours m’apprendront à bien me préparer avant de partir en plein cagnard. Mais je ne me plains pas, les points de vue s’enchaînent et ça sent vraiment les vacances. La déconnexion est totale et c’est bien ce que je souhaitais.

Au final, le retour se fait aisément même si la descente commence à faire souffrir les jambes et les pieds. On rejoint rapidement une piste de terre large et sans grande intérêt. De là, on traverse les télésièges et différentes installations du domaine skiable. Encore quelques minutes et vous voilà au point de départ de cette randonnée, au lac Guichard, maintenant envahi par les touristes véhiculés passant par le Col de la Croix de Fer.

En conclusion, cette randonnée à réaliser sur une journée offre ce que l’on attend d’elle : dépaysement, déconnexion et un aspect haute-montagne en bonus, le tout accessible sans grandes difficultés. Je suis simplement gêné par le côté artificiel de certains passages avec la présence du domaine skiable (je ne suis pas habitué venant du Massif Central) mais on doit faire avec. Autrement, ce fut un régal de découvrir ce secteur et une randonnée que je ne peux que vous conseiller. 

Si cet article vous a plu ou que vous souhaitez y réagir, n’hésitez pas à laisser un petit commentaire. 😉