Pour cette aventure, je voulais m’éloigner un peu plus de la Basse-Maurienne pour découvrir un secteur qui me faisait de l’oeil : le Parc National de la Vanoise, premier parc national crée en 1963, et la Haute-Maurienne. Après quelques recherches, un itinéraire intéressant semble correspondre à mes envies. Au programme : trois lacs, quatre refuges, une altitude maximale de 2900m et une bonne journée de marche ! La boucle des 4 refuges d’Aussois risque d’être particulièrement sportive mais impressionnante pour mes yeux. 

Pour espérer profiter d’une chaleur modérée et éviter les orages en fin d’après-midi, il faut prendre ses dispositions et être le plus tôt possible sur les chemins de randonnée. Depuis Saint Colomban des Villards et la Basse-Maurienne, la route me mène en une heure un peu plus loin que Modane, à Aussois, aux portes du Parc National de la Vanoise. Même pas 8h30 lorsque j’entame les premiers mètres de dénivelés.


Durée : Environ 5h de marche.

Dénivelé :+900m. C’est clairement pas de la rigolade, surtout pour accéder au Lac du Génépy (2906m). 

Difficulté : Moyenne. L’accès au Lac du Génépy est déconseillé pour les moins sportifs et en cas de névés tardifs. 

Accès routier : Depuis la vallée de la Maurienne, prendre la direction de Modane et suivre le village d’Aussois. Traverser le village d’Aussois pour rejoindre le grand parking aménagé du Plan d’Aval, plus en altitude.

 


C’est parti pour ce qui se prédestine à être une excellente journée de randonnée. La météo annonçait grand soleil mais lorsque je démarre, de nombreux stratus (nuages bas) bouchent ma vision et jouent avec les paysages. À la limite, je préfère ce genre d’ambiance qu’à un ciel absolument clair. Photographiquement, on a plus de matière à travailler et le décor varie continuellement.

Du Plan d’Aval au Refuge de Plan-Sec

Au départ de l’itinéraire, les yeux se posent régulièrement sur le Plan d’Aval, le plus petit des deux lacs artificiels qui découlent de deux barrages EDF. J’aperçois un sentier qui en fait le tour et j’en suppose qu’une ballade tranquille est possible pour les moins sportifs. À travers la végétation relativement dense pour une altitude de 2000m, le barrage du Plan d’Amont se dévoile, impressionnant par son gabarit. La toute première partie se déroule en forêt, ce qui me convient parfaitement puisqu’ils disparaîtront bientôt du reste de l’itinéraire.

Plus je monte et plus le soleil parvient à percer les nuages bas. Les dernières nappes espèrent survivre en s’accrochant fermement aux pentes des montagnes. Pas un chat à l’horizon pour le moment, seulement le tintement de cloches de quelques vaches que je ne vois même pas. Ça grimpe déjà pas mal, en moins de deux kilomètres j’aurais mangé 300m de dénivelé. Mais prendre de la hauteur me permet de m’offrir la première vue sur le Plan d’Amont et sa belle cascade au loin.

En sortant de la forêt, on emprunte le tracé des pistes de la station de ski d’Aussois, entouré d’alpages à vaches. Mi-août, les fleurs sont resplendissantes et les couleurs au top. Je peux entrevoir le refuge de Plan-Sec (2301m) plus en altitude, constituant mon premier objectif. Tout au long de la marche, je passerais par pas moins de quatre refuges différents. Mais pas de précipitation, j’avance à mon rythme et m’arrête un peu trop souvent pour prendre des photos.

Et puis, après avoir croisé les premiers randonneurs de la matinée, je me retrouve au pied du refuge de Plan-Sec, bien transpirant suite à ce premier dénivelé. J’hésite à y boire un café et je finis par me dire que je ferais une vraie pause au prochain refuge, non loin en terme de distance. Ne souhaitant pas m’éterniser, je reprends rapidement le sentier en direction de mon prochain checkpoint.

Du Refuge de Plan-Sec au Refuge de la Fournache

Me voilà sur la piste du refuge de la Fournache (2348m). Le dénivelé est de suite moins important, ça permet de reposer les jambes et de se concentrer un peu plus sur le paysage. Un peu dommage que la piste soit aussi large (pour permettre l’accès au 4×4 du berger). Les stratus sont toujours présents pour mon plus grand plaisir.

Au détour d’un virage, c’est le choc : j’ai l’impression d’entrer au paradis. La vue s’ouvre sur les sommets alentours et je me retrouve dans un petit vallon où coule un torrent magnifique. Le paysage est juste incroyable et tout respire la sérénité. Ça calme de suite d’être face à un tel spectacle.

Je reste vraiment ébahi devant ce tableau et j’y passe de longues minutes à regarder et écouter le torrent finir sa course dans le Plan d’Amont. Le refuge de la Fournache ne se trouve plus très loin, la distance n’étant pas énorme entre lui et le précédent. On le voit, perché un peu plus haut, plein soleil. Je m’imagine déjà sur la terrasse, un bon café sur la table.

Rêve qui devient vite réalité. Personne autour, juste moi, mon café et le paysage. Et puis, d’après le topo, le reste du parcours semble se durcir et la petite balade va vite se transformer en grosses suées. Surtout en optant pour le détour jusqu’au Lac du Génépy, mais on en reparlera un peu plus bas. En attendant, faut se remettre en route pour kiffer le dénivelé à venir.

Du Refuge de la Fournache au Refuge du Fond d’Aussois (en passant par le Refuge de la Dent Parrachée)

Quand on randonne dans les Alpes, on mesure vite l’intérêt de prendre de la hauteur. Même si cela s’accompagne bien souvent de pentes raides pour nos jambes, les paysages se dévoilent avec l’altitude. Un lac caché dans une combe se découvre, un sommet apparaît soudainement ou bien un chamois se fait surprendre sur son territoire : on y trouve toujours quelque chose pour son compte.

Dans le cas de cet itinéraire vers le refuge de la Dent Parrachée (2507m), c’est le Plan d’Aval et d’Amont qui se mettent en valeur. Les marmottes font également partie du spectacle, m’observant bien à l’abris sur des rochers ou au bord des trous qu’elles creusent.

Je sais pas pour vous mais j’adore le style des fontaines d’eau potable que l’on trouve à proximité des différents refuges. En plus, elles débordent constamment d’une eau fraîche et pure. L’arrivée au refuge de la Dent Parrachée se fait en traversant l’unique névé que je rencontrerais sur cette sortie (même lorsque j’atteindrais les 2900m).

Je ne m’attarderais pas au refuge malgré son charme saisissant. Optant pour l’aller-retour au Lac du Génépy, je suis conscient de l’effort que cela va nécessiter, sachant qu’il faudra rester en forme pour finir la boucle entièrement. Si vous n’êtes pas à votre meilleure forme, ne prenez pas de risques à rejoindre le Lac du Génépy mais continuez en direction du refuge du Fond d’Aussois.

Une fois engagé sur le sentier, on prend rapidement de l’altitude et ça se ressent sur le souffle. Par contre, le paysage est vraiment sauvage et le sentiment de solitude total.

Tout est plus minéral et la végétation laisse rapidement place à la roche. Ça change de ce que l’on peut voir depuis le départ de la randonnée. Après ce qui semble être une éternité (il est presque 12h30), j’arrive enfin aux abords du Lac du Génépy. Alors que je suis concentré sur le sentier pour ne pas trébucher, je relève soudain la tête et me retrouve nez à nez avec un groupe de bouquetins ! Ils sont là, à quelques mètres de moi, sans crainte de mon approche : un petit bouquetin suit sa mère de près.

Superbe rencontre et première pour moi. Je me dis que j’ai vraiment de la chance de m’être installé dans ce secteur. C’est également l’endroit parfait pour prendre un pique-nique à la fraîche mais au soleil. Les autres randonneurs comprennent aussi que c’est une excellente idée (surtout vu l’effort de la montée).

Le retour se fait à l’identique, par le sentier utilisé pour la montée. Je rejoins rapidement ma bifurcation de départ pour retrouver la suite de ma boucle des 4 refuges d’Aussois. La piste redescend à une altitude moins élevée pour atteindre le Fond d’Aussois. C’est un fond de vallée splendide servant de pâturage pour les vaches et où coule un torrent en son centre.

Le refuge du Fond d’Aussois (2329m) se trouve au bout du fond de vallée, sur un perron rocheux et domine les pâturages. La vue vaut largement le coup. Seul bémol, on est maintenant sur un parcours particulièrement fréquenté qui contraste avec le sentiment précédent de solitude. L’observation des marmottes est facilement possible tant elles sont nombreuses à l’approche du refuge.

Me savoir arrivé au dernier refuge de la boucle me donne du courage pour achever mon itinéraire tranquillement et sereinement. Il fait une chaleur assez lourde et l’absence de points d’ombres n’arrange pas les choses. Dans tous les cas, il faut revenir sur ses pas et traverser la vallée exposée au soleil tel un pénitent.

On atteint dans la descente un nouveau point de vue formidable sur le Plan d’Amont et ses eaux turquoises. Point d’orgue de la randonnée.

La fin du parcours est un vrai bonheur pour les yeux et l’appareil photo. On croise beaucoup plus de monde qu’à l’aller et on sent que la boucle touche à sa fin. Le Plan d’Amont, malgré son côté artificiel, constitue un atout de l’itinéraire. Après avoir grimpé à 2906m, ce retour en douceur est un réel plaisir et on prend tout son temps (pas trop non plus pour ne pas finir grillé au soleil).

En conclusion, c’est un parcours sportif avec de nombreuses surprises tout le long du sentier. Mieux vaut démarrer tôt dans la matinée pour ne pas subir les fortes chaleurs de l’été alpin. Autrement, j’ai trouvé cette randonnée splendide, dans un espace préservé et protégé, rafraîchissant et physique. Un itinéraire que je recommande aux marcheurs aguerris avides de grands espaces et de lacs d’altitude.