Culminant à 2415m d’altitude, le Lac de la Croix constitue l’objectif principal de cette randonnée à travers un vallon verdoyant et un paysage plus minéral pendant l’ascension. Et si vos jambes sont en forme, vous pouvez pousser jusqu’au Col de la Croix, à 2529m d’altitude, pour y observer une trace de l’histoire de notre pays. Une randonnée incontournable de la Vallée des Villards et largement réputée dans les alentours. 

NB : Cet article est partie intégrante de la série « Une Parenthèse dans la Vallée des Villards ».

Ce jour-là, j’étais accompagné d’Emeline, une amie venue du Gard avec qui j’avais déjà tenté l’ascension du Mont Ventoux en hiver (tentative infructueuse d’ailleurs). En prévision de la marche qui s’annonce longue et des températures élevées annoncées, le départ est relativement matinal : à 9h30, nous nous trouvons au Col du Glandon, prêt à en découdre avec le dénivelé et à en prendre plein la vue niveau paysages.


Durée : Environ 5h. 

Dénivelé : +850m. 

Difficulté : Moyenne. Un bon niveau d’endurance est requis et certains passages peuvent être délicats en raison de névés tardifs.

Accès routier : Depuis la vallée de la Maurienne, accès soit par Saint Colomban des Villards et le Col du Glandon, soit par Saint Jean d’Arves et le Col de la Croix de Fer. Se garer sur le parking du Col du Glandon. 

 


L’itinéraire commence tranquillement pour se diriger vers le Vallon de la Croix. C’est une excellente introduction et, dans la lumière matinale, la Vallée des Villards apparaît sous nos yeux moyennement éveillés. Jusqu’à l’entrée du Vallon de la Croix, le Mont-Blanc ne cesse de se dévoiler lorsque nous y portons notre regard.

Je trouve ça assez chouette d’avoir comme référence le Mont-Blanc lors des différentes randonnées que l’on peut effectuer en Savoie et Haute-Savoie. À chaque fois que celui-ci est visible, il exerce une sorte de fascination étrange et je peux vous assurer que l’on se retourne toujours vers lui.

Après cette entrée en matière paisible et au détour des falaises des Aiguilles de l’Argentière, nous atteignons alors le Vallon de la Croix. Au creux du Vallon coule un torrent, le Glandon, qui donne son nom au Col éponyme et qui rejoint l’Arc dans la vallée de la Maurienne. Fin juillet, le terrain est verdoyant et la neige s’est retranchée sur les plus hautes altitudes des sommets environnants (enfin c’est ce que l’on croyait à ce moment).

En jetant un regard en arrière, les Aiguilles d’Arves sont au rendez-vous : elles disparaîtront bientôt une fois le sentier encaissé plus profondément dans le vallon. Nous venons tout juste d’atteindre les 2000m d’altitude. La piste évolue sereinement le long du torrent pendant un certain temps (le torrent nous suivra jusqu’au Lac de la Croix).

Quelques centaines de mètres après l’arrivée dans le vallon, une passerelle traversant le torrent est visible sur notre droite : pour les plus aventureux et aguerris en randonnée de haute-montagne, un sentier mène au Lac du Sambuis et à la Cime du Sambuis (2734m). Selon les conditions météorologiques, l’enneigement peut y être important et l’utilisation des crampons est indispensable. Je me suis tout de même fixé l’objectif de tenter l’ascension cet automne ou à l’été prochain.

On a carrément l’impression de se trouver dans un petit paradis : le vert tout autour de nous, les fleurs qui envahissent le vallon et le ruisseau jouant sa symphonie ininterrompue. Du coup, ça nous donne l’envie de nous arrêter toutes les deux minutes pour sortir du sentier et profiter de la fraîcheur du coin. À la présence de pêcheurs à la mouche, j’en déduis que ça doit être un spot intéressant pour attraper quelques truites.

Du fait de sa notoriété, on comprend vite que la randonnée ne se fera pas coupée du reste du monde. À peine 10h et nous sommes déjà bien accompagnés par des randonneurs et sportifs décidés à profiter de la météo et du week-end.

Lorsque nous commençons à gagner de l’altitude sur le vallon, il faut rapidement oublier cette parenthèse paradisiaque car le paysage évolue radicalement : les névés apparaissent et la roche remplace l’herbe fraîche. Le dénivelé devient assez important et il faut même jouer des mains pour escalader de gros rochers pendant une centaine de mètres. En fait, on peut dire que l’évolution de cette randonnée se structure en paliers. À chaque palier sa dose de dénivelé et l’arrivée dans un nouveau vallon, de moins en moins fleuri et de plus en plus minéral. Et on se demande constamment à quel palier se trouve enfin le Lac de la Croix !

Finalement, après presque trois heures de montée, l’espace s’élargit et la clameur des randonneurs se reposant nous parvient. Le Lac de la Croix apparaît et nous savons qu’une longue pause nous attend en son bord.

Honnêtement, je suis tout de suite tombé sous le charme du Lac et de ses alentours. Il y règne une atmosphère haute-montagne qui impressionne pas mal quand on est pas habitué. D’un côté, les Aiguilles de l’Argentière nous observent, silencieuses, et de l’autre, les arêtes du Sambuis se dessinent sous nos yeux. Faut dire qu’avec un 35mm en objectif, pas facile d’englober totalement la circonférence du Lac : un 14mm ou un 24mm n’aurait pas été de trop.

On profite de la fraîcheur du Lac pour entamer la pause déjeuner et une petite sieste au soleil. Ça vaut aussi le coup de se rapprocher des falaises pour savourer la vue sur le Vallon de la Croix jusqu’aux Aiguilles d’Arves qui réapparaissent au loin.

Un peu plus haut, le Col de la Croix me fait de l’oeil. Ce n’est pas forcément un des objectifs de notre sortie mais je me finis par me dire que mon 35mm me serait plus utile là-haut avec une vue sur le Lac de la Croix.

C’est donc plein d’espoir que je me lance à l’assaut des 100m de dénivelé restants. Emeline restera au Lac pour se reposer et se détendre à la fraîche et au soleil. Premier point positif pendant que je grimpe : je suis vraiment en solitaire et personne ne continue pour le moment en direction du Col. J’espère ainsi en profiter un peu. Et bien, je serais pas déçu.

Tout là-haut, au Col, c’est une vraie claque visuelle à laquelle je ne m’attendais pas. Le Col de la Croix offre une vue splendide sur le Lac et mon 35mm regagne tout son intérêt. Et à l’opposé, le Col permet un accès à la Combe Madame, rejoignant ensuite Fond de France plus bas en altitude. Il y a aussi ce sommet assez impressionnant sur la photo d’en haut à droite, que je n’ai pas pu nommer (soit le Rocher Badon, 2912m, soit le Rocher Blanc, 2927m).


J’évoquais en introduction l’aspect « historique » du Col de la Croix. En effet, une fois au Col, vous aurez la chance d’apercevoir une roche gravée côté sud d’une croix savoyarde et côté nord d’une fleur de lys. Cette roche symbolise l’ancienne frontière entre la France et la Savoie libre. La Savoie ne fut rattachée à la France qu’en 1860 après la signature du Traité de Turin.

Cet endroit correspond à une ancienne grande route commerciale et un lieu de passage incontournable pour colporteurs, contrebandiers, marchands. C’est assez impressionnant de se retrouver devant cette pierre frontière et réfléchir au passé de notre pays en ce lieu.


Je me pose là-haut de longues minutes avant d’envisager la descente vers le Lac et le retour au Col du Glandon. La longueur de la randonnée nous impose de ne pas trop tarder avant que les températures ne diminuent drastiquement. Le retour se fait exactement sur le même itinéraire : je n’ai pas creusé la question de savoir si une boucle était possible. Ce sera le seul point négatif que je trouverais à cette randonnée.

Nous croisons énormément de monde sur ce retour jusqu’au Col du Glandon. Le sentier ne désemplit pas malgré la journée qui avance et qui touchera bientôt à sa fin. De rapides coups d’oeil en arrière permettent de prendre conscience de la grandeur du paysage que nous avons traversé tout au long de l’itinéraire.

À l’approche du Col du Glandon, les jambes sont vraiment lourdes après le dénivelé avalé et la descente lente dans les pierriers et rochers. Mais la perspective d’une bonne bière comme récompense donne un courage et une endurance insoupçonnés. Plus que quelques centaines de mètres et nous pourrons déchausser nos godasses dans un soupir de soulagement.

En conclusion, cette randonnée à effectuer sur une journée est un « must-do » de la Vallée des Villards et de la Maurienne en général. Intéressante historiquement et sauvage, avec un Lac pour objectif, elle présente toutes les caractéristiques d’une marche incontournable. Sa fréquentation témoigne de sa notoriété et pourra déranger les plus solitaires. Autrement, vous reviendrez avec des images impressionnantes gravées dans votre esprit.

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