Le week-end après mon arrivée en Savoie, à Saint Colomban des Villards, se tenait un événement annuel et traditionnel : l’Écho des Montagnes. Cette fête réunit l’ensemble des acteurs des différentes vallées qui se croisent sur le massif de Belledonne. C’est également l’occasion de célébrer la réouverture du col du Glandon, lieu de passage ancestral dans le passé et rendu mythique par le Tour de France. Au programme : expositions d’artisans, repas convivial et combat de vaches d’Hérens.

Au barrage de Grand Maison

Pour commencer, il ne faut pas manquer de présenter le cadre dans lequel se déroule ces deux jours festifs : les chalets de Rieu-Claret et la retenue de Grand Maison. Entre le col du Glandon et le col de la Croix de Fer, on est donc immergé au cœur des alpages de Belledonne. Ça tombe bien car c’est en partie le pastoralisme qui est mis à l’honneur par cet événement. Par-ci par-là, les chalets d’alpage composent le paysage.

Et, un 30 juin, la chaleur est généralement au rendez-vous. Heureusement, l’autre attrait de ce lieu reste la présence de l’immense retenue d’eau de Grand Maison, suite à la construction du barrage éponyme. Même s’il est artificiel, j’ai toutefois apprécié le calme qui règne autour du lac et la couleur pure de son eau.

Autant dire que l’eau fut prise d’assaut tout au long de la journée lorsque la chaleur se faisait bien trop accablante. Pour ma part, j’ai préféré en rester assez loin, l’eau est encore très fraîche à cette période de l’année (elle provient de la fonte des neiges au niveau du glacier de Saint-Sorlin). Depuis les chalets de Rieu-Claret, on admire le sommet des Aiguilles d’Argentière juste au-dessus de nos têtes. J’ai pu apercevoir en distance le Pic de l’Étendard (3405m), surplombant la retenue de Grand Maison.

C’est donc dans ce chouette endroit que se déroule la fameuse fête de l’Écho des Montagnes, on peut dire qu’il y a pire comme cadre…

Le marché de l’Écho des Montagnes

Toute la journée du dimanche, la fête accueille un marché avec de nombreux exposants : artisans, producteurs, agriculteurs ou encore apiculteurs. La situation géographique de l’événement, situé entre le col du Glandon et de la Croix de Fer, assure un passage important de touristes et de locaux qui empruntent ces routes.

On y découvre le travail de ces gens qui ont fait le choix de vivre à la montagne. C’est un moment intéressant de les rencontrer et d’entendre ce qu’ils ont à dire sur leur métier et leurs pratiques. Et c’est aussi un moyen de partager de petites anecdotes sympathiques : je discute avec deux dames qui me présentent des madeleines assez particulières. En effet, elles ont remporté le prix Mont Saint-Michel des meilleures madeleines de France à l’occasion de l’un des passages du Tour de France de cyclisme. Et la composition de ces dernières y est peut-être pour quelque chose : fromage de Beaufort en guise de garniture et fleur de violette séchée donnent un goût unique au tout.

Gravures, travail sur bois, ruches de démonstration, les rencontres et les découvertes ne manquent pas pour les visiteurs sur les stands des exposants.

Le marché se déroule en musique, avec la participation d’un groupe local qui entonne des musiques traditionnelles de Savoie et des Alpes en général. L’atmosphère est festive et bon enfant, pour le plus grand bonheur des bénévoles et des participants de l’Écho des Montagnes.

En parallèle du marché, des animations sont organisées par les agriculteurs et les éleveurs. On peut par exemple suivre un éleveur d’oies, qui en profite pour nous montrer les différentes méthodes pour s’occuper des oies et les diriger où l’on souhaite. Dans le même temps, les enfants courent dans les champs pour ramasser des bonbons venant juste d’être projetés par des canons à air.

Le combat des vaches d’Hérens

En début d’après-midi et après le copieux repas collectif, c’est l’heure de l’événement phare de ces deux jours de fête. Sur un terrain plat, une arène a été installée pour accueillir un combat un peu particulier : un duel de vaches d’Hérens !

La vache d’Hérens est une race bovine suisse originaire du Valais. La France compte quelques élevages du côté de Chamonix ou de Val-Cenis. Cette race se prédispose naturellement au combat puisque chaque printemps avant la montée en alpage, les vaches s’opposent entre elles pour décider qui sera la meneuse du groupe pour l’été.


Je préfère vous rassurer de suite : les vaches ne se combattent pas vraiment mais se mesurent et se dominent soit par l’intimidation soit en se poussant par les cornes jusqu’à faire reculer l’adversaire. La vache vaincue et dominée concède sa défaite et s’éloigne d’elle-même de la gagnante. Les combats de vaches d’Hérens constituent une tradition à l’est des Alpes et en Italie, où se déroule d’ailleurs chaque année un grand tournoi à Turin.

 


C’est la première fois que j’assiste à un tel événement (je suis plutôt habitué aux abrivados et autres traditions de Camargue) et je dois dire que c’est quand même assez impressionnant à voir ! Les vaches usent de tous les procédés pour se montrer menaçante : hurlements, terre remué avec les sabots.

Le combat suit une logique de championnat. Les vaches des différents éleveurs se rencontrent l’une après l’autre et les dominées sont éliminées au fur et à mesure des duels. La plupart des affrontements se gagnent simplement par l’intimidation et à la force du regard. C’est seulement lorsque les deux vaches n’ont pas réussi à se dominer « par la manière douce » que la charge a lieu et que les cornes s’entrechoquent.

Les combats de vaches d’Hérens peuvent s’organiser de deux sortes : le classique un contre un ou la méthode dite « suisse ». Dans la méthode suisse, plusieurs vaches sont lâchées en même temps dans l’arène. Et c’est une sacrée cohue qui en résulte : les dominées se retrouvent coincées entre plusieurs dominantes et les charges fusent de tous les côtés.

Pour autant, ces vaches ne sont absolument pas agressives et ne présentent aucun risque pour l’homme. Elles exercent simplement la domination naturelle de leur race sur leurs congénères. C’était même drôle de les voir brouter tranquillement dans l’arène à cause de la chaleur ou de venir près des barrières pour se faire caresser par les spectateurs présents.

À l’issue d’une finale d’une grande intensité entre les deux vaches les plus dominatrices de la journée, il est temps de désigner la championne du combat de l’Écho des Montagnes. « Standing ovation » pour l’éleveur et sa vache au doux nom de « Tombola » qui est élue comme la plus combative de l’après-midi.

 

Fin d’après-midi, il me reste encore des forces pour me rafraichir avec une petite bière à la buvette au milieu de la foule de visiteurs cherchant de quoi se désaltérer sous ce soleil inépuisable.

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