Fin septembre, l’automne s’installe progressivement sur les hauteurs des sommets alpins. Les mélèzes se teintent d’or et les jours raccourcissent petit à petit. Pour certains, la déprime s’installe à l’approche de l’hiver mais pour moi c’est une nouvelle façon de profiter de la nature qui s’offre à ma perspective. Retour sur cette première randonnée automnale avec mon camarade photographe Simon Mioni (@simonmioni) sur le massif de Belledonne !

Alors que Simon rejoignait sa copine à Chambéry pour le week-end, je propose une randonnée avec pour finalité un coucher de soleil sur un lac ou quelque chose dans le genre. J’avais entendu parler des 7 Laux et de ses fameux lacs et je me suis dis que le rendu pouvait être carrément génial, plus particulièrement sur les derniers lacs (sept au total) qui semblaient plus naturels. j’avais promis à Simon et Candice une marche abordable et pas trop compliquée : la réalité en sera toute autre…

Départ depuis le Pleynet, dans la station de ski des 7 Laux, en Isère et non pas en Savoie. La météo se prête largement à un coucher de soleil, avec quelques nuages peu gênants.


Durée : Environ 6h aller retour.

Dénivelé : +1000m.

Accès routier : Depuis Chambéry, Grenoble ou Albertville, prendre la direction d’Allevard puis Fond de France / Les 7 Laux. Continuer jusqu’à atteindre la montée au hameau du Pleynet. Une fois sur place, se garer au fin fond du parking, le départ du sentier s’y trouvant.

 


Comme souvent quand on part randonner depuis une station de ski, les premiers kilomètres semblent monotones, entre pylônes et installations des remontées mécaniques. Toutefois, on s’infiltre rapidement dans la forêt et on oublie le départ dans ce paysage artificiel.

On débouche alors sur un secteur assez préservé et un peu plus sauvage : seul un chalet entouré de champs d’épinards nous rappelle la présence de l’homme. Deux chasseurs scrutent d’ailleurs les crêtes à la jumelle pour repérer une quelconque trace animale.

Le sentier ne présente aucune difficulté, le dénivelé est quasiment inexistant et on traverse différents torrents par des ponts en bois bien aménagés. Mais les jambes sentent un changement une fois le dernier torrent enjambé : la piste monte, descend, monte et redescend à nouveau. C’est un vrai yo-yo. D’autant plus que le soleil de fin d’après-midi ne nous épargne pas.

Le cheminement est interminable et on se demande presque si on ne se trompe pas de chemin. Pourtant, sur Google Maps et par rapport à notre position, j’aperçois bien les lacs mais ils sont encore loins et le plus dur reste à faire. Après de longues minutes sur un étroit sentier forestier, nous atteignons un chalet d’EDF qui constitue une étape de notre parcours.

C’est à ce moment que nous comprenons la tâche qui nous attend : un dénivelé impressionnant sur un sentier serpentant à flanc de falaise pour arriver au premier des lacs. Heureusement, les couleurs de l’automne nous font oublier l’effort à venir et nous nous concentrons sur les photos à prendre.

Dans la combe juste au-dessus, on aperçoit tout en haut dans l’ombre une cascade indiquant la position du premier des lacs. En attendant de l’observer, vous allez devoir souffrir un petit moment en traversant le Cul de la Vieille (le nom de la combe, ne me demandez pas d’où cela vient).

Au moins, on travaille le cardio et notre souffle. L’heure est plus avancée qu’on ne le pense et le doute s’installe quant à notre capacité de rejoindre les lacs les plus éloignés (mais les plus sauvages) avant que le soleil ne soit déjà couché. Au pire, il faut toujours se dire qu’une solution de repli existe : si on accorde trop d’importance à un objectif ou un plan initial sans se laisser une marge de manoeuvre et d’improvisation, nos photos ne pourraient pas raconter une histoire ou avoir un sens.

Tandis que la combe s’assombrit petit à petit, notre peine touche à sa fin et les derniers lacets finissent d’achever nos jambes. Le replat s’offre à nous et la progression est soudain plus simple. Lorsque vous en aurez fini avec cette montée qui fait office de chemin de croix, vous vous trouverez devant ce fameux premier lac qui n’a rien d’exceptionnel mais qui fait tout de même plaisir à voir.

Sans trop s’attarder, on continue notre périple pour au moins rejoindre les lacs les volumineux, à défaut d’atteindre les plus lointains. De toute manière, on comprend que ce ne sera pas possible vu l’heure tardive et que j’ai un petit peu sous-estimé les distances en préparant cette sortie. Les personnes qui m’accompagnent régulièrement pourront en témoigner : j’ai tendance à être un peu trop optimiste à ce niveau.

Plus loin sur notre parcours, le Lac de Cottepens se révèle, le plus grand des 7 Laux. Son niveau à cette époque de l’année après un mois de sécheresse est particulièrement bas, à notre grand dam.

Après une petite pause bien méritée et un repas improvisée, on se motive tout de même à marcher jusqu’au lac suivant, le Lac du Cos. J’espérais avoir une vue plongeante sur les prochains lacs mais j’étais encore bien ambitieux. Le paysage est vraiment minéral et seule la couleur de l’herbe nous rappelle que nous sommes en automne. Le Rocher Badon (2912m) et le Rocher Blanc (2927m), sommets mythiques de Belledonne pour le ski de randonnée, semblent proches et à portée de jambes.

Le Lac du Cos sera notre point final de cette randonnée et nous y regarderons le soleil se coucher. Tout le secteur donne l’impression d’être assez artificiel par la présence des barrages EDF à chaque lac mais on fait abstraction de la patte de l’homme sur ce paysage sauvage pour shooter la golden hour.

Si vous pensez que le plus dur est fait en arrivant au point final de la randonnée, détrompez-vous : le retour sur le même itinéraire est un gros gros gros calvaire. Une fois le soleil derrière les montagnes et la nuit s’approchant, il a fallu se résigner à faire demi-tour. En voyant des marcheurs planter la tente, je me suis dit que nous aurions dû faire de même.

Descendre le dénivelé du Cul de la Vieille de nuit aura été le coup final à nos réserves physiques. Sans compter les passages en forêt interminables. Partis à 15h30 du parking, nous ne serons revenus qu’à 22h40 ! Candice me déteste depuis cette sortie qui devait être simple et rapide…

À refaire cette randonnée, je choisirais d’y aller à la fin du printemps lorsque les lacs sont à leur plus haut niveau et surtout en me laissant une plus grande marge horaire ou alors en y établissant un bivouac. Je ne suis pas forcément déçu de ne pas être arrivé jusqu’aux derniers lacs qui constituaient notre objectif : parfois, il faut se rappeler que ce n’est pas la destination qui compte mais le cheminement que l’on emprunte. À mon avis, une randonnée doit se voir comme un tout.