Un dépaysement total, une parenthèse naturelle et des moments de sincères convivialités le temps d’un jour ou d’un week-end ? C’est ce qu’offre le concept de microaventure, inventé par l’anglais Alastair Humphreys. Je reviendrais plus en détail dans un prochain article sur la philosophie même de la microaventure mais l’esprit de La Parenthèse est porté par cette façon de penser la pratique outdoor et le voyage. Vous en aurez la première expérience à travers cette microaventure de deux jours sur le Mont-Lozère. 

Deux potes, nos tentes et notre matos de couchage, des nouilles chinoises, une bière à plus de 9% et l’immensité des paysages lozériens : il n’en faut pas plus pour atteindre le bonheur du bout des doigts. Le principe est simple. Avec Julien et Ouahid, compagnons de la première heure à l’université, nous souhaitons une reconnexion rapide avec la nature sur un temps limité à deux jours. De la rando, de la franche rigolade, un peu de sueur, c’est tout ce que nous demandons. Et sans vous spoiler, c’est ce dont nous aurons droit tout au long de notre périple.

Direction en début d’un samedi après-midi vers la Lozère et plus précisément l’étang de Barrandon sur les pentes du Mont-Lozère au départ de Nîmes. L’objectif : effectuer une traversée des crêtes du Mont-Lozère jusqu’à son point culminant, le sommet de Finiels (1699m) puis revenir sur nos pas en s’infiltrant dans la forêt.

Une fois sur place après deux heures de route, pas le temps de se poser qu’il faut déjà charger les sacs et se mettre en chemin pour trouver un spot de bivouac. Pour les connaisseurs du secteur, j’avais en tête de planter les tentes au Roc des Chiens Fous mais le terrain ne s’y prête pas vraiment… Comme je ne connaissais pas et fidèle à ma réputation de guide à deux balles, on est quand  même parti la fleur au fusil vers ce fameux endroit.

Juste à temps pour regarder le soleil se coucher et après une petite demi-heure de marche, nous nous posons sur ces rochers gigantesques, sortant de nulle part comme s’ils avaient été posés là. Vous profiterez d’une belle vue sur l’étang de Barrandon en contrebas. Moment de contemplation et calme général… lorsque un chevreuil déboule à toute vitesse juste en dessous de nous pour rejoindre le couvert de la forêt. C’est l’heure de sortir la bière à plus de 9%.

Au final, on se rend compte que le bivouac ne sera pas permis au milieu de cette roche omniprésente et après avoir descendu nos bières, on choisit de planter au bord de l’étang. Il fait nuit noire lorsque nous décidons de notre emplacement et le montage des tentes ne se fait pas dans les conditions optimales. Surtout, la température est bien descendue et les sacs de couchage n’auront pas eu le temps d’emmagasiner de la chaleur.

La soirée continue et se termine par l’observation des étoiles et la Voie Lactée : c’est la partie que j’aime le plus en bivouac. Se retrouver sous les étoiles et chercher un sens à nos existences. Le plafond étoilé exerce une fascination mystérieuse sur notre esprit.


Le Mont-Lozère se trouve au coeur du Parc national des Cévennes, créé en 1970. En août 2018, le Parc national des Cévennes a été labellisé 13ème Réserve Internationale de Ciel Étoilé, la seconde en France et la plus grande réserve de ciel étoilé d’Europe. Ce label vient récompenser les efforts de l’ensemble des acteurs locaux pour la sauvegarde d’un ciel étoilé de qualité, préservé de la pollution lumineuse.

Du temps que j’ai passé en Lozère, j’ai toujours été impressionné par la clarté du plafond étoilé de nuit. La Voie Lactée est visible à l’oeil nu et les détails du ciel sont extraordinaires.

 


Au petit matin, on profite d’être de nouveau au bord de l’étang pour chiller et prendre notre temps avant la trentaine de kilomètres qui nous attend. Un petit déjeuner pendant que le soleil se lève pour réchauffer nos corps engourdis.

Sans trop tarder, c’est le moment de plier nos affaires et de nous lancer sur le sentier. La fraîcheur de la nuit n’est plus qu’un lointain souvenir et la journée s’annonce dure pour les organismes. Les crêtes du Mont-Lozère sont exposées au soleil et il vaut mieux prévoir sa crème solaire car le couvert des arbres ne se trouve pas à proximité immédiate.


Durée : Environ 6h de marche. 

Dénivelé : +400m.

Accès routier : Depuis Mende, prendre la direction du Col de Montmirat puis tourner vers le Pont-de-Montvert. Un peu plus loin, prendre la direction des Laubies et continuer en direction de l’étang de Barrandon. Depuis Nîmes et le Gard, prendre la direction du Pont-de-Montvert et rejoindre la direction de Mende en passant par le plateau des Laubies. Tourner aux Laubies et suivre le panneau de l’étang de Barrandon. 

 


Le Mont-Lozère est réellement mon secteur favori en Lozère et il occupe une place spéciale : on traverse ses forêts, on crapahute sur ses interminables pelouses et on embrasse les paysages cévenols.

Vous commencerez ce parcours par un court dénivelé en direction de la Croix de Maître Vidal. À partir de ce moment, vous pourrez choisir de grimper directement sur les crêtes (en septembre, le chemin était barré par les troupeaux de vaches) ou continuer sur un sentier forestier. Les troupeaux de vaches sont omniprésents sur les pelouses du Mont-Lozère et ça se voit qu’elles se régalent. En été, vous auriez également croisé les moutons avant qu’ils ne redescendent dans les vallées fin août.

Les kilomètres paraissent assez long car on a hâte de se retrouver dans la grandeur des paysages des crêtes sommitales. On finit par quitter la forêt et entamer le vrai dénivelé vers le sommet de Finiels. Un voile nuageux nous accompagne depuis le début de la matinée et couvre un peu le soleil, nous épargnant d’une chaleur abominable.

Alors que la veille nous étions encore dans le brouhaha de nos vies citadines, nous voilà éloignés de tout, du bruit, du monde, de la pollution, de la consommation. Ça, c’est la puissance de la microaventure mais surtout de la nature : permettre une déconnexion (ou reconnexion) en un laps de temps limité. Et faire voyager nos esprits et notre imaginaire. Malgré le rythme que l’on s’impose pour effectuer ce parcours en une journée, on trouve toujours l’opportunité de ralentir quelques secondes et s’immerger dans le moment présent.

C’est bien beau de discuter de grands concepts et de philosopher sur notre relation avec « l’outdoor » mais quand on a la dalle, on a la dalle ! Et un arrêt s’impose obligatoirement. Pas d’abri couvert aux alentours, on doit se résigner à casser la croûte en plein cagnard… Si vous décidez de marcher sur le Mont-Lozère, gardez en tête ce facteur, surtout par météo caniculaire ou lors de gros orages.

Pour arranger les choses, une légère brise souffle et complique notre tâche de faire fonctionner notre réchaud premier prix. Au menu : nouilles chinoises pas cuites et fruits ramenés par Ouahid. La base de tout bon randonneur.

Ce qui est vachement bien avec la nature, c’est qu’il en faut peu pour être heureux. Et c’est le moins que l’on puisse dire avec ce repas plus que limite alors que la marche risque d’être intense tout au long de l’après-midi. Nos réserves d’eau ont bien diminué et l’heure tourne. On commence à se demander si cela vaut le coup de tirer jusqu’au sommet de Finiels ou s’il ne faudrait pas couper dès que possible pour retrouver le couvert des arbres et un peu de fraîcheur.

Notre choix commun est d’avancer encore un peu sur les crêtes pour avoir le sommet de Finiels à vue et, si la chaleur n’est pas insupportable et l’heure raisonnable, de le rejoindre tranquillement. On se remet difficilement en chemin, prêt à en découdre avec notre itinéraire.

Paysages lunaires, rappelant les steppes mongoles, que nous traversons depuis la fin de la matinée dans la plus grande des solitudes. Parfois nous discutons, parfois nous nous taisons. La randonnée est source d’introspection. Sous l’effort, l’esprit divague et la douleur s’oublie. Le décor se ressemble et semble se répéter à l’infini.

Et puis, au loin, le sommet de Finiels, notre objectif final, est visible. Visible, peut-être, mais encore à une bonne distance de marche. À la pensée du trajet de retour vers notre point de départ, notre corps se raidit, comme s’il voulait nous indiquer que rejoindre le sommet serait une erreur. Après quelques minutes de réflexion sous ce soleil de plomb, nous prenons en concertation la décision de couper à travers les crêtes et rejoindre le couvert des arbres pour revenir à l’étang de Barrandon. Le sommet de Finiels ne restera dans nos souvenirs qu’un amas de rochers lointain.

Le retour se fait à un rythme effréné : plus de discussions entre nous, un silence de marbre et des kilomètres avalés à la vitesse de l’éclair. Il faut dire que nous n’avons plus d’eau depuis que nous sommes sur les crêtes et que la chaleur n’en finit pas. Entre ça et la fatigue, on paie pas de mine. On a qu’une seule hâte : boire une gourde d’eau cul-sec et s’allonger à l’ombre.

Pas grand monde sur cet itinéraire à part un groupe de chasseurs (en ce jour d’ouverture de la chasse en France) et quelques VTTs. Après plus de 30km de marche (sur la même journée, ça fait quand même beaucoup), on arrive exténués à notre point de départ.

Nous n’avons pas atteint notre objectif de cette microaventure mais la mission est réellement accomplie : déconnexion totale le temps d’un week-end, loin de tous les maux de la civilisation moderne, heureux d’être à ce point libres. Nous avons maintenant les ressources nécessaires pour affronter une semaine de boulot dans la joie et la bonne humeur. Parfois, il suffit de peu pour se sentir vivant.

Le concept de la microaventure est un sujet que je veux creuser à travers La Parenthèse et dans mes expériences futures. J’ai le sentiment que nous avons les moyens de réinventer le voyage à une échelle plus locale et pourtant tout autant dépaysante. Il suffit de changer notre perspective à cette époque du transport aérien de masse et des destinations ultra-touristiques. À travers mes prochaines microaventures, c’est ce que je souhaite vous partager : des idées, de la réflexion et une déconnexion pour chacun.