Depuis mon installation dans les Alpes, j’avais comme objectif de passer une nuit en refuge, au beau milieu de la nature, pour déconnecter de mon quotidien le temps d’un week-end. La bonne nouvelle, c’est que je l’ai fait, et en plein mois de février en bonus ! Retour sur deux jours de randonnée en raquettes accompagné de trois parfaits inconnus et de notre nuit en refuge non gardé. 

Lundi 11 février. Je reçois une invitation à discuter sur Messenger d’un certain Alexandre : avec deux amies à lui, ils veulent passer le week-end dans un refuge non gardé, le tout en raquettes. Pour moi, c’est le bon plan, c’est exactement le genre d’expérience que je voulais vivre en hiver. Du coup, j’accepte sa proposition.

Au cours de la semaine, nous décidons de l’itinéraire et du refuge à atteindre. Notre choix se porte sur le refuge des Lacs Merlet, en Tarentaise, au-dessus de Courchevel, à 2400m d’altitude. Pour la petite histoire, ce n’est pas du tout l’endroit où nous nous rendrons finalement : le risque avalanche était bien trop élevé pour ce parcours. Changement de programme de dernière minute, ce sera direction le refuge du Nant du Beurre (2080m), toujours en Tarentaise.

Mais dans un premier temps, c’est le moment fatidique de la rencontre avec mes trois compères. Après un départ matinal le samedi, nous nous rejoignons à Moûtiers. Je retrouve Alexandre, infirmier libéral et habitant Lyon, passionné de voyages. Je fais la connaissance d’Angèle, également infirmière et de Lyon et tout autant férue de trips aux quatre coins du monde. Enfin, la doyenne de notre troupe (si tu lis ça, ne m’en veut pas !), Élodie vient d’Aime, un peu plus loin dans la vallée de la Tarentaise.


Durée : Entre 2h30 et 3h selon la qualité de la neige pour atteindre le refuge. Soit 6h aller-retour. Pour aller au Grand Crétet (2280m), compter environ 2h aller-retour.

Dénivelé : +700m.

Difficulté : Facile. Pas de difficultés techniques sur le parcours et balisage très présent. La durée de la randonnée est le seul facteur de difficulté.

Accès routier : Depuis Albertville, vous rendre à La Léchère et prendre la direction du village de Grand Naves. Vous garer en bout de village sur un large parking.


Au programme météo de ce samedi, grand soleil et douceur anormalement remarquable pour le mois de février. Ce n’est pas pour nous déplaire sachant que nous allons dormir en altitude et que nous devons compter que sur nous-mêmes. Départ depuis le parking de Grand Naves, un joli petit village de Tarentaise, perché à 1300m d’altitude.

Jour 1

On vérifie notre matos, nos sacs et on se tartine de crème solaire : must-have pour une rando dans la neige. Et puis, on se lance, pas mécontents d’aller passer un week-end dans de si beaux paysages. Avec les premiers pas, les premières discussions naissent. Je me dis que je suis bien tombé (mais je n’ai encore rien vu à ce moment-là !).

À notre rythme, on avale tranquillement le dénivelé, ponctuant notre marche par de courtes pauses contemplatives. Après une bonne pause déjeuner (nous étions partis assez tard, vers 13h), nous décidons de faire nos traces en hors-sentier.

L’endroit est relativement apprécié par les locaux et se trouve être un excellent spot pour apprendre et se perfectionner en ski de randonnée (activité que j’ai eu la chance d’essayer à Saint Colomban des Villards). Le résultat, c’est que les sentiers sont vite pris d’assaut, surtout un samedi.

Le hors-sentier s’imposait donc comme une nécessité pour échapper à la foule et ressentir l’isolement. Et puis, le terrain n’étant absolument pas exposé à quelconque risque, pourquoi s’en priver ?

En ce début d’après-midi, la chaleur nous accable réellement et le soleil ne nous laisse aucun répit. Comble de mon malheur, je n’ai pas de lunettes de soleil. Mes yeux pleurent de souffrance à chaque clignement. Heureusement, le paysage soulage ma douleur : alternance de passages forestiers et de traversées d’alpages.


L’itinéraire que nous empruntons nous fait découvrir une structure géologique assez particulière et présente en quantité dans les Alpes (et ailleurs) : la cheminée de fée.

Les cheminées de fée rencontrées sur notre parcours.

Les cheminées de fée, colonnes naturelles de roches, sont issues de phénomènes d’érosion. Elles peuvent parfois atteindre plusieurs dizaines de mètres de hauteur. La forme des cheminées de fée est à l’origine de nombreuses croyances pour les peuplements locaux. Je trouve que la structure de ces cheminées en fait un arrêt incontournable pour les observer.


Inlassablement, nous continuons notre ascension vers notre demeure pour la nuit. Nous quittons l’étage forestier et entrons dans l’immensité blanche des fonds de vallée alpine. Le dénivelé se fait de plus en plus sentir et notre progression ralentit nettement. On continue de se motiver en se promettant un bon goûter une fois au refuge.

Les images suivantes ont été glanées lors de l’ascension et reflètent le dénivelé et notre niveau de fatigue en cette fin d’après-midi.

Au prix d’une dernière montée raide comme aucune autre précédemment, nous arrivons finalement au refuge ! Enfin, aux refuges plutôt. Effectivement, il existe à cet endroit deux refuges : le nouveau refuge du Nant du Beurre et l’ancien refuge du Nant du Beurre.

Dernière montée avant d’atteindre le refuge.

Le nouveau refuge est gardé la plupart de l’année et n’est accessible qu’en présence des gardiens (pour le coup, ce sont trois gardiennes). Il faut donc penser à réserver et vous bénéficierez de tout le confort nécessaire (repas, sanitaires, chauffage et couchage).

L’ancien refuge quant à lui n’est plus gardé et est ouvert à tous, à proximité du nouveau refuge. Les gardiennes demandent toutefois une participation de 15 euros par personne. L’intérieur est sommaire mais tout y est : deux poêles à bois, des ustensiles, des couchages en nombre avec matelas et couvertures, rien à redire.

L’ancien refuge du Nant du Beurre : notre demeure pour la nuit.

Pour plus de détails, rendez-vous sur le site du refuge du Nant du Beurre. Mention spéciale aux trois gardiennes particulièrement sympathiques et qui vous accueilleront avec le sourire.


Par chance, un groupe de neuf personnes s’est déjà installé et les poêles à bois chauffent depuis un moment l’immense refuge. C’est une chose en moins à penser. Surtout que le soleil se couche progressivement et que nous allons pouvoir en profiter pleinement.

Plus que le coucher de soleil, j’aime particulièrement les minutes après que l’astre solaire ait disparu. C’est ce qu’on appelle notamment chez les photographes l’heure bleue. Tout devient soudainement si calme et notre corps entier baigne dans le silence et la sérénité. Les bienfaits de la microaventure se font ressentir : déconnection, contemplation et joie.

C’est maintenant le moment d’un petit apéro et d’un repas pour recharger les batteries avant la nuit qui nous attend. Au menu, saucisson, vin blanc et potages chauds. Et pour finir en beauté, ne pas oublier la flasque de génépi ! Nous discutons tous ensemble une bonne partie de la soirée, près du poêle, et nous en apprenons un peu plus sur chacun.

L’équipe réunie autour d’un bon verre de vin blanc !

Peu à peu, la fatigue nous rattrape et il est temps de se jeter dans nos sacs de couchage. Réveil prévu à 5h45 pour un lever de soleil au Grand Crétet (2292m). Pour tout vous dire, avec mon sac confort -7°, j’ai eu trop chaud durant la nuit !

Jour 2

Le réveil sonne et nous tire de notre sommeil. Ce que je trouve fascinant avec le fait de dormir dans la nature, c’est notre capacité à trouver une sorte de motivation naturelle à se lever pour aller voir les premiers rayons du soleil.

Non sans difficultés, nous nous préparons à démarrer notre ascension aux aurores. Dehors, la pleine lune éclaire le paysage comme en plein jour. Le ciel est d’une pureté étonnante.

Malgré les efforts que nous demandons à nos corps engourdis, nous sommes persuadés que ça vaut le coup. Les reliefs se dessinent progressivement et la lumière de nos frontales devient inutile. Le calme règne sans partage sur ce monde immobile.

En suivant une ligne de crêtes, nous atteignons finalement notre objectif et le point culminant de cette aventure : le Grand Crétet. C’est une véritable claque visuelle pour ma part. Face à nous se dresse le Mont-Blanc, majestueux et indétronable, puis suivent les sommets des Aravis et du Beaufortain. Derrière nous, la vue porte aussi loin que la Barre des Écrins, l’Étendard, les Aiguilles d’Arves, le Mont Bellacha, le Cheval Noir. Autant de sommets incontournables que magnifiques.

La fatigue et le (léger) froid sont vite oubliés, c’est le temps de la silencieuse contemplation ! Pendant de longues minutes, nous profitons de ce spectacle et de l’immensité de la nature. Rien de plus n’est nécessaire à ce moment-là.

En contrebas, au refuge, d’autres téméraires se mettent également en route pour le lever de soleil en ski de randonnée. De notre côté, nous resterons seuls jusqu’au lever du jour au Grand Crétet.

Après plus d’une heure sur place, le grand astre apparait enfin pour nous réchauffer et nous donner de l’énergie pour le reste de la journée. Le sentiment qui nous domine en cette matinée, c’est bien la joie, une joie sobre mais qui vaut toutes les joies.

De retour avec Alexandre et Émilie au refuge, nous rejoignons Angèle pour un petit-déjeuner royal et surtout un bon café chaud plus que vital ! J’en profite pour immortaliser notre passage au refuge avec une série d’images de notre expérience là-haut.

L’heure avance et il est temps pour notre équipe de se remettre en route ! Il nous reste à effectuer le retour par une boucle pour éviter de repasser par le même itinéraire que l’aller. La journée s’annonce étonnamment douce et le soleil ne pardonne déjà pas. Prochain investissement : des lunettes de soleil !

Très peu de choses à dire sur notre parcours de retour, si ce n’est que la foule de sportifs du dimanche est bien présente et que le corps commence à avoir du mal à supporter le poids de nos efforts de la veille et du matin. La boucle nous emmène à proximité des itinéraires de ski nordique et nous fait traverser alpages et bois.

L’horloge sonne 13h lorsque nous atteignons notre point de départ et le parking de Grand Naves, bondé de monde. Avec un soupir de soulagement, nous laissons nos sacs tomber par terre et nous déchaussons nos raquettes. Drôle de sensation de retrouver un sol ferme après deux jours dans la neige.

J’ai toujours autant les yeux qui brûlent à cause du soleil et je sens déjà un sacré coup de soleil dans le cou. Au moins, j’aurais pris des couleurs, c’est ça de gagné ! Exténués mais heureux de notre escapade hivernale, nous saluons notre choix d’être venus sur ce secteur et nous savons que nous en garderons un superbe souvenir (et que nous y reviendrons).

Un dernier instant de camaraderie autour d’une bonne bière et d’une bonne pizza à Moûtiers et il sera temps de nous séparer. J’étais particulièrement content d’avoir rencontré trois compagnons fantastiques et je suis sûr que nous partirons de nouveau en aventure prochainement ! La nature est le meilleur endroit pour se découvrir, que ce soit soi-même ou les autres.

La pizza au soleil accompagnée de sa bière, définition du bonheur ?

En conclusion, cette microaventure fut pour moi une découverte, tant au niveau de la nuit en refuge que des conditions hivernales de notre sortie. Cette boucle de deux jours est largement accessible au grand public et le choix du refuge (gardé ou non gardé) vous permettra de moduler votre expérience. Pour ma part, je n’ai qu’une seule hâte : à quand la prochaine microaventure ?