Personne ne dira le contraire, l’hiver que nous venons de connaître fut remarquable par sa durée et son intensité. Le froid mordant, la neige en quantité et les intempéries ininterrompues : tous les éléments sont là pour vivre une véritable aventure hivernale. Le Mont-Lozère se prête bien à cet exercice, tant les conditions y sont dantesques. Récit de deux jours à crapahuter les pieds dans (ou plutôt sous) la neige.

Randonnée en raquettes depuis le Col de Finiels

En Lozère, la bonne neige ne tient généralement pas longtemps et il faut savoir en profiter le plus vite possible. Quoi de mieux pour commencer le week-end que d’aller tâter la poudre tombée la veille ? C’est ainsi que j’ai pris le samedi matin la direction du Mont-Lozère, point culminant (1699m) du département. L’objectif du jour est de réaliser une boucle en raquettes depuis le Col de Finiels et pourquoi pas s’offrir un peu de hors-piste dans la couche de 50cm de neige.


N 44° 25′ 25.2438′ E 3° 46′ 9.2316′

Durée : Trois heures ou plus si vous voulez profiter pleinement des paysages.

Dénivelé : +200m.

Difficulté : Facile.

Accès routier : Depuis Nîmes et Alès, par le village du Pont-de-Montvert en direction du Col de Finiels. Depuis Mende, par le village du Bleymard en direction de la station du Mont-Lozère. Se garer sur le parking du Col de Finiels.

Hébergement : À la station du Mont-Lozère, vous pouvez passer une ou plusieurs nuits dans les chalets de la station. Vous pouvez également vous loger soit au Pont-de-Montvert soit au Bleymard pour bénéficier d’une plus grande proximité. 

 


Une fois sur place, vous pouvez louer le matériel de raquettes et prendre connaissance des parcours hiver dans la maison forestière du Col de Finiels. Ce matin-là, il n’y a pas foule sur le parking et ça promet une expérience de solitude accrue dans ce paradis blanc. Il faut dire que la météo est assez capricieuse mais les nuages se déplacent rapidement, laissant entrevoir de belles éclaircies.

 

 

 

Dès les premiers pas, l’ambiance est irréelle, trop magique pour être vraie. La progression se fait lente à cause de l’épaisse couche de neige mais permet à l’esprit de divaguer et de se vider dans ce paysage singulier. Le vent et la tourmente du Mont-Lozère ont figé la végétation, partout où le regard se pose, il n’aperçoit que neige et glace.

Il ne me suffira que d’un quart d’heure de marche pour ne plus sentir aucun poids sur les épaules. J’avance dans mon parcours avec une joie et une gaieté imperturbables. L’intérêt de cette boucle réside dans le fait qu’elle alterne des passages ouverts et des sentiers forestiers : les sensations changent au fur et à mesure que le paysage évolue.

Alors que je marche depuis près d’une heure, la réalité me rattrape et je rencontre les premières âmes humaines depuis le départ. La discussion s’engage avec ce groupe de trois personnes venues, comme moi, chercher un peu de calme. Il se trouve que l’un d’eux est guide de haute-montagne et il m’indique avoir aperçu des traces de loup un peu plus loin sur le parcours ! D’après lui, il s’agirait d’un loup de taille assez conséquente compte tenu de l’espace entre chaque foulée dans la neige…

J’en profite pour lui demander si un hors-piste vaut le coup pour prendre un peu de hauteur sur la partie est du Mont-Lozère. Le guide me conseille de sortir du sentier pour rejoindre le Roc des Mulets (1533m) sur ma gauche. Je m’éloigne ainsi des seules personnes que j’aurais croisé pendant cette randonnée.

Malheureusement, je suis surpris par l’évolution rapide de la météo avec de nouvelles chutes de neige et la descente du plafond nuageux. Ne préférant pas prendre de risques à me perdre, je rejoins le sentier pour compléter cette boucle à travers les arbres engloutis par la neige, tels des fantômes.

En conclusion, cette boucle en raquettes est intéressante lorsque la couche de neige est importante : le paysage s’en trouve tellement transformé que l’on se retrouve directement en Laponie.

Du Mas de la Barque au Pic Cassini

Le lendemain, c’est tout une autre configuration pour une nouvelle sortie raquettes : grand soleil et départ du côté est du Mont-Lozère. De plus, mon frère m’accompagnera sur la journée pour une expérience un peu moins solitaire. C’est au Mas de la Barque que débute cet itinéraire en aller-retour vers le Pic Cassini (1680m). Raquettes obligatoires par deux mètres de neige dans le secteur.


N 44° 23′ 7.659′ E 3° 52′ 38.1858′

Durée : Trois heures.

Dénivelé : +249m.

Difficulté : Facile à moyen. Le dénivelé n’est pas un problème en soi mais les conditions météorologiques peuvent ralentir et compliquer la progression jusqu’au Pic de Cassini.

Accès routier : Depuis Nîmes et Alès, prendre la direction de Génolhac et suivre le Mas de la Barque. Depuis Mende, prendre la direction de Villefort et suivre le Mas de la Barque. Se garer au Mas de la Barque pour le départ de l’activité. 

Hébergement : Au Mas de la Barque, vous pouvez louer de superbes gîtes pour vous trouver sur place. Sinon, il faudra se rabattre sur les villages en vallée.

 


Déjà un peu plus de monde au départ de cette randonnée du fait de la proximité avec le Gard. La piste se fait raide rapidement avec un fort dénivelé. Empruntant un sentier forestier et protégés du vent, le froid n’est pas réellement un problème pour nous : Il se dégage même une certaine douceur.

Encore une fois, la féerie de l’ambiance nous marque très vite. À deux heures de Nîmes, on se retrouve au milieu de ces arbres recouverts de poudre, de cette neige immaculée et de cet air totalement pur.

Le chemin, lui, ne présente pas de difficultés particulières. On serpente d’abord à travers les bois, on monte si on le souhaite par les couloirs des anciennes pistes de ski et on approche ainsi un peu plus des ouvertures dans le paysage avec l’altitude. C’est un secteur du Mont-Lozère que j’apprécie énormément pour sa beauté.

C’est à partir du col de l’Aigle que les choses se compliquent un peu. En même temps que le paysage change, les conditions météorologiques changent également : on quitte la forêt pour les vastes étendues des pelouses du Mont-Lozère tout en se rapprochant du sommet. Le vent souffle violemment et soulève la neige dans le ciel bleu azur. Le froid se fait beaucoup plus mordant, ralentissant notre ascension.

Avec l’arrivée de ce vent puissant, nous voilà immergés dans un terrain lunaire : la végétation est entièrement prisonnière de la neige et de la glace. Cela donne des images splendides et atypiques.

Les derniers mètres pour atteindre le Pic Cassini sont difficiles tant la neige et le vent s’associent pour ralentir la progression : il faut constamment surveiller son équilibre et ne plus penser au froid qui rentre partout où il peut malgré nos combinaisons.

Le Pic Cassini embrasse un panorama à 360° sur la Lozère, les sommets du Cantal, les Alpes mais aussi les côtes du Gard et de l’Hérault. Le Pic est matérialisé par une balise géodésique qui permet de se protéger du vent en s’y calfeutrant. C’est un fantastique spot pour se ressourcer et prendre le temps d’observer son environnement.

Nous savons que nous n’y passerons pas la journée non plus. Les conditions y sont telles qu’il faut envisager une redescente. Mais l’essentiel y est : nous avons l’impression d’avoir vécu une réelle aventure, avec ses difficultés et ses joies. Et c’est bien pour ça que nous étions venus.

En conclusion, les jambes sont lourdes au retour au Mas de la Barque après deux jours de raquettes, mais l’esprit a voyagé dans des pays nordiques enneigés et il n’en faut pas plus pour repartir sur une semaine avec le plein de motivation. Tout ça à proximité et sans chercher la neige à des altitudes plus élevées. Objectif totalement rempli.

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